Racontées de juin

Que de racontées en juin ! Je n’ai jamais autant conté de ma vie…et j’adore ça, même si ça prend parfois des allures de marathon !

Ce qui est étonnant, c’est qu’elles se suivent sans jamais se ressembler : un jour le public sera très jeune, et la fois suivante, ce seront surtout des adultes. Une fois, il y a tout un groupe de 30 ou 40 personnes, et celle d’après…le public ne se composera que de 3 ou 4 personnes !

Voici un florilèges de photos (pour les fois où j’en ai eues).

D’abord, aux Estivales d’Hennebont, le 13 juin : j’avais conté devant l’accueil pour qu’Erell (une des animatrice organisatrice de l’évènement) puisse écouter…tout en travaillant sur son ordinateur !

Le mercredi suivant, 20 juin, toujours aux Estivales, j’ai adopté mon lieu de racontée…sous un rafraîchissant cerisier !

(je ne tire pas la langue aux enfants ! Je lèche la maison de la sorcière avec Hänsel et Gretel ! Qui n’a jamais rêvé de grignoter un peu de sa maison en pain d’épice et en sucre !?!)

 

Ensuite, ce fut une balade contée…mais pas n’importe où : en Forêt de Huelgoat, s’il vous plait !

Et pas n’importe quand : à la nuit tombée…à la lueur des lampes à pétrole ! Dans la nuit du 23 juin…ce qui explique la qualité médiocre des photos.

Ni avec n’importe qui : avec Sylviane, et le Maître des lieux, Philippe…attention, la nuit, Philippe se transforme souvent en korrigan…ou en amoureux éploré cherchant vainement sa Promise depuis des siècles !

Sylviane…il fait encore jour.

Je conte…au crépuscule.

Et Philippe, à la nuit tombée…il est en haut à gauche de la photo, tu ne le vois pas ?

 

Et après ?

Encore une balade contée, une ! Et pas pour n’importe quelle occasion, s’il vous plaît : pour le Festival de Théâtre de Kerhervy. J’étais avec mes amis conteurs d’Il Etait Une Fois, association de conteurs amateurs de Lorient : Yann-Fanch, Anne-Marie, Paul et Thomas.

L’année dernière le public avait été plus nombreux. Cette année, la concurrence fut rude avec le match du mondial de foot où la France a gagné contre l’Argentine, le 30 juin…mais ceux qui sont venus se promener en forêt, et écouter toutes nos histoires ne l’ont pas regretté !

Voici le paysage avant la balade contée…et après que ça soit fini : même l’eau et les sternes (les oiseaux) se sont rapprochées pour mieux nous écouter !

  Avant la balade… et à notre retour, 2 heures après !

La semaine prochaine, je commence les balades contées à Plouhinec (Port du Magouër) et dans le Bois du Hingair (à Hennebont). Il y a en aura tous les mercredis matin et tous les vendredis matin, durant toute la durée des grandes vacances !

Alors, à bientôt !

Press-book

Mercredi 20 juin, après plusieurs rencontres avec Isabelle, correspondante pour Ouest-France, un article a été publié sur mon activité au Estivales, à Hennebont pour l’été 2018.

J’ai trouvé cet article fantastique…et pas seulement pour me mettre en valeur ! J’ai surtout apprécié le travail remarquable d’Isabelle. Je trouve qu’elle a une très belle plume. On dira que c’est normal pour une journaliste. Je lui ai fait part de mon ressenti par courriel. Elle m’a remerciée…les compliments sont plutôt rares dans son métier, m’a-t-elle répondu…

Merci Isabelle de faire si bien votre travail. Cela semble normal aux yeux de tous…il existe pourtant tellement de « professionnels » qui bâclent leur travail, quelque soit le domaine d’activé. N’est-il pas important de mettre en avant les qualités des professionnel(le)s qui le font bien ?

Ce qui est dommage…c’est qu’on n’arrive pas bien à le lire ci-dessous…

 

Ajout le vendredi 13 juillet.

Ce midi, ma mère me dit « tu es dans le journal » ! Ha bon ? C’était pas prévu…et à quelle occasion m’y retrouve-je ?

Par un petit supplément préparé par Isabelle. C’est vrai qu’elle m’a dit qu’elle me ferait un article pour annoncer les « Balades Contées de l’Ete ». Et comme ça commençait ce matin : elle était pile-poil le jour J ! Merci Isabelle.

Dans la matinée, j’ai donc commencé, modestement, par un public de 5 personnes…qui sont toutes reparties enchantées de leur promenade et des histoires qu’elles ont écoutées. C’est un bon début, non ? En tout cas, je préfère ça, à 50 personnes qui repartent mécontentes ! Merci à ces 5 sympathiques auditeurs-marcheurs pour leur participation et leur écoute, d’une exceptionnelle qualité !

Je rappelle qu’en plus des sorties dans le Bois du Hingair chaque vendredi matin, je propose aussi des promenades contées en bord de mer, chaque mercredi matin pendant toute la durée des grandes vacances : le départ est au Port du Magouër (Plouhinec) à 10h, pour 4km parcourus…en 2h environ (bah oui, quand on s’arrête pour écouter des histoires…). Tous les détails : ici.

(Ajout le mercredi 25 juillet)

Et c’est pas fini, car Isabelle a transmis mes coordonnées à sa collègue Laurence Thébault, correspondante Ouest-France sur Plouhinec. Hélas, nous n’avons pas pu nous rencontrer directement, mais voici le très chouette article que Laurence a publié pour annoncer la balade contée de ce matin…

Concours de menteries de Redon : Bogue d’or 2018

Le 27 octobre 2017, comme chaque année depuis plus de 40 ans maintenant, la ville de Redon célèbre l’Automne et les Châtaignes avec la Fête de la Bogue d’or, où s’y déroulent de nombreux concours du terroir gallo : concours de sonneurs, mais aussi concours de conteurs, et en particulier, concours de menteries.

Qu’est-ce qu’une « menterie » ?

C’est une catégorie de conte, spécifique, et particulièrement appréciée en pays Gallo. Le principe est que « plus c’est gros, mieux c’est » car, plus c’est gros, plus c’est drôle. C’est bien connu, les conteurs sont aussi un peu menteurs….vous ne le saviez pas ? En tout cas, en pays Gallo, un bon conteur n’est pas digne de ce nom s’il n’est pas capable de raconter des bobards plus gros que l’imposante cathédrale de la ville de Redon.

Et au fait, qu’est-ce que « le pays Gallo » ?

C’est une partie de la Bretagne, située à l’est d’une ligne approximative entre Vannes (au sud) et St-Brieuc (au nord). Cette ligne est une limite linguistique : à l’ouest, on y parle le breton. A l’est, on y parle le gallo. Le gallo est une langue à part entière (que je ne parle pas), entremêlant des caractéristiques de la langue bretonne, avec des caractéristiques de la langue française. Le résultat en est une langue imagée, assez compréhensible pour les francophones (ce qui n’est pas le cas du breton).

Comment en suis-je arrivée là ?

Tout a commencé début septembre lorsqu’une amie, fidèle de cette célébration automnale, m’envoie le dossier d’inscription aux concours de contes et de menteries (que je ne lui avais pas demandé)

Un concours ? Franchement, pas mon truc. Je trouve que la notion d’art est incompatible avec toute compétition : un concours encadre une pratique, alors qu’un art est et devrait rester Libre, sous peine de le dénaturer. De plus, je trouve mal placé qu’un art soit jugé ; et encore plus que des artistes et des œuvres le soient. N’y a-t-il pas plus subjectif qu’un art ?

Et pourtant…

Le concours de contes est à thème libre…mais le concours de menteries est à thème imposé. Pffff…n’importe quoi ! Je lis distraitement ce sujet :

« Avec les années, les études transgéniques animales, végétales, humaines,  voire plus… vous ont conduit dans le monde de la recherche. Le transfert artificiel de gênes à un autre est devenu votre domaine de prédilection.

Vous faites désormais partie des chercheurs rattachés au CDRTDPG (Centre de Recherches Transgénétiques Du Pays Gallo), qui se sont penchés sur une étude transgénique particulière ayant réussi à transformer certains produits de la nature avec des objets. Des applications ont également été faites sur les animaux et les humains. Le CDRTDPG tient son colloque annuel à Redon et vous avez été sélectionné(e) pour présenter l’avancement de vos travaux de recherches et d’expériences devant un parterre d’experts et de chercheurs.

Nul doute que vous saurez nous éblouir par la démonstration haute en couleurs de vos dernières trouvailles de génie… »

Et là, bien malgré moi, une histoire germe dans ma tête. Comme une jeune pousse en plein mois d’avril, elle grandit à vue d’oeil et finit par prendre toute la place sous mon crâne !

On dit souvent qu’on ne choisit pas les histoires que l’on dit : ce sont les histoires qui nous choisissent pour être dites.

Elle me plaît bien cette histoire, cette menterie…ce serait dommage de ne pas la partager. Et puis elle correspond impeccablement au thème du concours : autant la dire à Redon, ce fameux 27 octobre. Je m’inscris.

Problème : le temps de parole imparti à chaque candidat est limité à 7 minutes…mais cette histoire a tellement poussé qu’elle en durerait 20 ! Cet arbre devenu centenaire en quelques jours, il me faut maintenant l’élaguer, le réduire à un arbustre, un buisson…dure tâche que de supprimer tant de belles branches.

Voilà, le jour J. J’arrive à Redon, je découvre la ville…et son théâtre : le futur « ring ».

Oh, je ne suis pas là pour viser un podium. C’est la première fois que je participe à un concours de contes, et à vrai dire, c’est même la première fois que je dirai une menterie…de ma création, de surcroît ! Je n’ai aucune idée de comment ça se passe. Je viens juste pour le plaisir de dire cette savoureuse menterie…qui m’a demandé tant de travail !

Mon amie est là, elle m’accueille, nous mangeons en semble. A table, elle me présente plusieurs personnes : des membres du jury…elle connaît tout le monde ici !

La soirée commence. En faisant la queue devant le théâtre, je sympathise avec Sklaerenn : elle aussi participe au concours, pour la première fois également. Mais elle, elle est inscrite dans la catégorie « conte ». Elle a un trac colossal. Nous nous asseyons l’une à coté de l’autre dans le public.

La soirée commence par le concours de contes. La prestation de Sklaerenn est époustouflante, largement au dessus des autres conteurs : je la vois sur la plus haute marche…elle le mérite largement ! Lorsqu’elle revient s’asseoir à coté de moi, elle tremble encore de son trac…

Je constate alors, que les participants habitués des lieux prennent de larges commodités avec leur temps de paroles : l’un nous saoûlera pendant 20 minutes !

Le concours de menteries commence. Les menteurs se succèdent sur scène. C’est mon tour. Je suis accueillie sur scène deux sympathiques huluberlus : un savant fou et son assistant, animateurs de la soirée. Ils nous amusent de quelques sketch, et présentent chaque candidat avant son passage.

Je me lance dans ma menterie. Je suis vite gênée par les projecteurs : je ne vois pas le public ! D’habitude, j’accroche les regards des uns et des autres…mais là, je ne peux en croiser aucun. Je ne distingue pas grand monde, mais je sais qu’il y a plusieurs centaines de personnes…plus ou moins tous conteurs/menteurs aguerris. Hum, mes jambes deviennent comme des saucisses de Strasbourg…pas de problème, de toute façon, je n’ai pas besoin de mes jambes : je ne me déplace pas dans ma racontée. Je plante bien mes pieds au sol, l’air de rien, je continue ma menterie, jusqu’ au bout.

Avec les candidats qui dépassent largement leur temps de racontée, la soirée s’éternise. Après moi, la prestation de Réjane m’impressionne : une menterie toute en gallo, pas trop longue, bien ficelée, et particulièrement drôle, comme il se doit. Je me dis : à elle la Bogue d’Or, elle le mérite bien ! C’est une fidèle de la Bogue et du concours de menteries…qu’elle a déjà gagné auparavant.

Arrivent les résultats : on remonte les candidats, depuis la fin du classement, jusqu’au meilleur. Sklaerenn à la Bogue d’Argent…elle en est ravie. Même si de l’avis de beaucoup de gens (dont moi), elle aurait mérité l’or. Mais c’est ainsi.

Aux résultats du concours de menteries, les résultats remontent jusqu’à la Bogue de Bronze, je n’ai toujours pas été appelée, et j’entends le nom de…Réjane ! Je me dis « ils m’ont oubliée ? ». Réjane était mieux que moi !

Mon nom arrive juste après : je suis Bogue d’Argent ! En voilà une surprise…je ne suis pas d’accord avec le résultat, mais c’est ainsi. Et une deuxième place, c’est pas mal du tout ! Les jurés m’ont félicitée, surtout une dame qui regrettait de ne pas avoir réussi à défendre la place qu’elle m’attribuait (l’or). Mes amis aussi me congratulent. Et Sklaerenn et moi nous complimentons réciproquement. Moi, je félicite Réjane…dans mon coeur, elle est une menteuse en or !

(Moi et Réjane à la remise des prix)

Voilà une soirée un peu inattendue : deux mois auparavant, je n’aurais jamais imaginé participer un jour à un concours de contes, ou de menteries. Et encore moins en revenir avec une quelconque médaille. La vie est souvent comme les contes : pleine de surprises et de rebondissements.

Lorsque j’ai commencé à conter bénévolement avec l’association Il Etait Une Fois, plusieurs personnes m’avaient demandé pourquoi je n’en ferais pas plutôt mon métier. A l’époque, je travaillais en usine. Mais je n’étais pas prête. J’étais débutante, et conter n’était qu’un plaisir parmi d’autres pour moi. Toutefois, une graine avait été semée…enterrée bien profondément.

Depuis, les jours ont passé, les mois ont passé, et les années aussi. Cinq années durant lesquelles mon répertoire s’est étoffé, mon expérience s’est forgée au fil des racontées. La graine a été patiemment arrosée. Mais, j’hésitais encore à me lancer, comme on dit, allez savoir pourquoi…

En sortant du théâtre de Redon cette nuit d’octobre, vers une heure du matin, ma Bogue d’Argent sous le bras, j’avais reçu la reconnaissance de mes pairs. En sortant du théâtre de Redon cette nuit là, il n’y avait plus d’hésitation. La graine avait enfin germé. Encore quelques mois à passer, voilà la pousse sortie de terre : ce site, ce blog, et plein de racontées prévues cet été.