Une mentouse en bronze

« 44e Bogue d’Or de Redon », concours de menterie.

Après avoir passé les présélections, ma menterie a été retenue parmi 57 histoires, pour la finale le 25 octobre 2019. Le thème imposé cette année : « vous êtes maire d’une commune dont vous présentez les mesures entreprises et projets à venir pour dynamiser le centre-bourg. »
Le principe d’une menterie, c’est de nager en plein délire : plus les bobards sont gros, plus c’est drôle, et plus la menterie est réussie. En pays gallo, les spécialistes de ce type d’histoires sont des « mentous », ou des « mentouses ».

Ma menterie est partie sur l’idée que face à la désertification des campagnes, mon conseil municipal a eu l’idée de transformer l’église (devenue inutile depuis le départ du curé) en éolienne, afin de fournir une électricité bon marcher aux habitants, et inciter d’autres à venir s’y installer. Mais problème à la livraison de l’éolienne : les pales sont plus longues que la hauteur du clocher…problème résolu en les installant à l’horizontale. Le vent a soufflé ; l’éolienne a tourné, et l’église s’est…envolée !!!


Et me voilà partie à raconter les péripéties de cette petite commune, devenue la première au monde à être dotée d’une « égliz’coptère » ! Une curiosité soumise aux caprices du vent…avec moultes catastrophes à gérer pour la maire que j’étais le temps de cette menterie…mais le but est atteint : redynamiser le bourg.

L’autre but a été atteint aussi : on a bien rigolé ! C’était une excellente soirée…animée par Calixe et Armel.

Si le concours de menteries existe depuis longtemps à Redon, pour la première fois, les membres du jury furent choisi parmi des experts en matière de « menteries municipales » : 5 maires du pays gallo m’ont attribué la Bogue de Bronze.

La soirée a aussi été marquée par un hommage à une figure locale, décédée en mars dernier. Gigi Bigot a conté en gallo…un privilège toujours aussi savoureux.

Education par le conte (vidéo du CNRS)

Devenir pleinement humain : apprendre à écouter, à s’exprimer, et à raisonner. Vidéo du CNRS sur Suzy PLATIEL, ethno-linguiste africaniste. Comment les enfants deviennent-ils Adultes dans les sociétés de tradition orale (sans aucun écrit) ? Comment recréer du lien social grâce à l’oralité des contes dans notre société ?

J’ai vu cette vidéo. Non, je dirais plutôt : j’ai vu cette pépite ! J’ai écouté cette perle ! Ecoutons, méditons, et partageons… « une seule bougie peut en allumer des milliers d’autres, et continuer à brûler, sans devoir s’éteindre d’avoir autant partagé sa flamme. » La Parole est ainsi, les contes sont ainsi, comme les flammes d’innombrables bougies, placées sur notre chemin de vie pour éclairer notre passage. Cette vidéo est une réponse à cette question incroyable : « pourquoi le conte reste-t-il encore si important dans notre société numérique, individualiste et productiviste ? » On pourrait le croire puérile, futile et inutile…il est essentiel et d’autant plus d’actualité, pour créer du lien social entre chacun d’autre nous, mais aussi « entre soi et Soi ».

Suzy Platiel, en tant que linguiste, part en 1967 à la rencontre d’un peuple de Haute Volta (devenu depuis le Burkina Fasso), les Sanan. Sa mission : transcrire leur langue par écrit. Chez les Sanan, personne ne sait ni lire, ni écrire. C’est ce qu’on appelle « une société de tradition exclusivement orale ». Dès son arrivée, elle comprend que l’écriture ne leur apportera rien en matière d’éducation. Ces analphabètes savent réfléchir et s’exprimer brillamment…dès le plus jeune âge. Comment apprennent-ils cela si bien et si jeune ? L’éducation se fait par les contes : à écouter et à dire.

De retour en France, elle publie les contes collectés là-bas. Elle se rend dans les écoles pour permettre aux enfants d’acquérir ce qu’il manque tant dans notre propre éducation basée sur l’écriture : apprendre à se concentrer, à écouter, à raisonner sur l’enchaînement d’une trame, et bien sur, à prendre la parole, à exprimer sa pensée, à être écouté, à créer et partager les oeuvres collectives que sont les contes, à interagir avec l’auditoire… « comment un enfant peut-il écrire correctement, s’il n’est pas capable de formuler verbalement sa pensée ? » La Parole est le préalable indispensable à tout le reste…

Bon visionnage…(environ 30 minutes…d’une richesse fantastique !)

https://videotheque.cnrs.fr/doc=4095?fbclid=IwAR3yRKKyVuTKV-7a5fzMsJ1aqRqjg5t5v6Q1eTX6jfDUcHIV-NDfSbGt_RY %

Voeux 2019

L’avez-vous remarqué ? Chaque année, on célèbre en grande pompe la naissance de la nouvelle année. Mais l’année 2018 est « mourrue » le jour de son anniversaire, à tout pile un an…anniversaire que personne ne lui a souhaité. On ne fête que sa fin, et la naissance de la suivante…comme à chaque fois.

2018 n’est plus, vive 2019 !

C’est la saison des bilans de l’année. Mon bilan de 2018 est plein de bonheurs : un changement de métier salutaire s’est produit. Tant et tant de plaisirs pour moi d’organiser et accomplir toutes ces racontées, ces balades contées. Je termine tout juste la dernière balade contée nocturne de Noël, c’était tout à l’heure au Bois du Merdy (Hennebont). Une trentaine de personnes sont venues marcher, écouter les histoires et chanter…les enfants ont escaladé les rochers du Merdy en écoutant le conte de Noël « Les Pierres de Plouhinec », ils ont marché dans le bois la nuit, après avoir entendu l’histoire de « La Trève de Noël », où Petit Mouton se perd dans la forêt, la nuit de Noël…et y rencontre le loup. Que des plaisirs partagés…le plaisir de dire les contes, celui de les écouter, celui de marcher ensemble, de discuter et faire connaissance, de chanter « Vive le vent » ou « Douce Nuit ». Merci à tous pour ces instants…

Et que souhaiter pour 2019 ? La santé, évidemment…j’ai rendu visite dernièrement à plusieurs amies-amis ayant eu divers ennuis de santé plus ou moins graves : cancer, fracture, infarctus…et dans quelques jours, je vais à un enterrement…celui d’une grande conteuse que j’ai rencontrée en juillet dernier pour la première fois (et donc, pour la dernière aussi, hélas) : Fiona MacLeod.

Inspirée par ce site web et sa phrase d’accueil : « Le jour se lève au Pays des Rêves », je vous présente mes voeux pour 2019, illustrés par une photo prise ce matin même aux alignements de menhir de Kerzerho, à Erdeven.

 

Que mille levers de Soleil illuminent vos rêves à concrétiser en 2019.

 

 

Contes et Sciences

Ce week-end, j’ai reçu un courriel de François sur l’Imagination et la Raison. Ca m’a rappelé que j’avais écrit un article il y a quelques mois déjà sur l’apparente opposition entre la Science et le Conte, après avoir lu un petit livre scientifique, très intéressant, qu’une amie conteuse m’avait prêté…

Carlo ROVELLI, « Sept brèves leçons de physique », Editions Odile Jacob.

Merci à Sylviane Guittoneau de m’avoir prêté cet excellent petit livre dont voici un extrait (page 79) :

« Lorsque nous parlons du Big-Bang ou de la structure de l’espace, ce que nous faisons n’est pas la continuation des récits libres et fantastiques que les hommes se sont racontés autour du feu lors de veillées depuis des centaines de milliers d’années. C’est la continuation d’autre chose : du regard de ces mêmes hommes, aux premières lueurs de l’aube, qui cherchent dans la poussière de la savane les traces d’une antilope – scruter les détails de la réalité pour en déduire ce que nous ne voyons pas directement, mais dont nous pouvons suivre les traces. Avec la conscience que nous pouvons toujours nous tromper, et donc être prêts à tout instant à changer d’idée si apparaît une nouvelle trace, mais en sachant aussi que si nous sommes bons, nous comprendrons bien et nous trouverons. Voilà ce qu’est la science.

La confusion entre ces deux différentes activités humaines – inventer des récits et suivre des traces pour trouver quelque chose – est à l’origine de l’incompréhension et de la défiance envers la science d’une partie de la culture contemporaine. La séparation est mince : l’antilope chassée à l’aube n’est pas loin du dieu antilope des récits de la veillée. La frontière est fragile. Les mythes se nourrissent de science et la science se nourrit de mythes. Mais la valeur cognitive du savoir demeure : si nous trouvons l’antilope, nous pouvons manger. » (Carlo ROVELLI est notamment directeur de recherche au Centre de physique théorique de Marseille-Luminy)

Très beau texte, n’est-ce pas ? Les scientifiques aussi peuvent avoir une belle plume.

Et je suis d’accord avec Monsieur Rovelli : « les mythes se nourrissent de science et la science se nourrit de mythes »… « la séparation est mince ». Mais j’irais plus loin, j’oserais même dire qu’il n’y a pas de séparation entre les deux.

Monsieur Rovelli, avez-vous déjà mangé une étoile ? Peut-on manger les étoiles ? Les antilopes, oui. Mais si mon ventre cri famine, vais-je pouvoir me nourrir d’étoiles ? Comment se déroule une chasse stellaire ? Et une fois l’étoile capturée, comment la tuer ? Quel goût ça a ? Trouve-t-on des recettes culinaro-stellaires sur le web ? Des restaurants (étoilés) en proposent-il à leurs menus ?

Il est tout à fait possible de se nourrir d’étoiles. Personnellement, en tout cas, je préfère largement dévorer l’une d’entre elles plutôt qu’un steack d’antilope. Le steack remplit l’estomac. Les étoiles nourrissent le Coeur. Ce n’est pas le même organe…

A la Réunion, les contes sont appelés « manger pour coeur », et l’ex(cellente) conteuse Gigi Bigot en a même fait le titre de sa recherche (scientifique) à propos de l’impact du langage symbolique sur les personnes en situation précaire.

Les Etoiles nourrissent les Rêves…

Et les Rêves sont indispensables à notre Humanité.

La science a démontré que les animaux rêvaient pendant leur sommeil. Mais rêvent-ils éveillés, comme nous ? Rêvent-ils de devenir un champion, un roi ou un cosmonaute ? Se racontent-ils des histoires le soir avant de s’endormir, pour nourrir leurs rêves nocturnes ?

Depuis longtemps, les humains cherchent « quel est le propre de l’homme ?». Et à chaque proposition les animaux nous montrent qu’ils ont les mêmes particularités que nous, parfois en mieux ! Ils rient. Ils chantent. Ils créent des oeuvres artistiques. Ils ont des langages très sophistiqués. Ils ressentent les mêmes émotions que nous, avec la même richesse. Ils ressentent les souffrances et le bien-être, même si leur système nerveux est très différent du nôtre. Ils sont capables d’avoir conscience d’eux-mêmes, de méditer, de pratiquer des rites funéraires et d’avoir des raisonnements abstraits ! Ils sont même capables de viols collectifs et de génocides…

Mais peut-être que le propre de l’Humanité serait cette capacité à partager nos rêves à travers des récits. Peut-être ? Car les animaux seraient bien capables de nous démontrer qu’ils le font aussi, et même mieux que nous !

En réalité d’où viennent les contes ?

Tous les contes, sans exception, tous sont inspirés de faits réels, d’observations, ils « suivent des traces » comme le dit si bien Monsieur Rovelli en parlant de la science. Les contes seraient apparus pour répondre aux questions existentielles que se sont posés les premiers humains : d’où venons-nous ? Et d’où vient tout ce qui nous entoure ? Les premiers contes expliquaient le monde, grâce aux observations des premiers humains. C’est finalement une démarche totalement scientifique que d’expliquer le monde, en inventant une histoire. On observe des étoiles dans le ciel : comment sont-elles arrivées là ? De quoi sont-elles faites ? Sont-elles vivantes comme nous ?

Les littératures orales traditionnelles sont d’une richesse ahurissante concernant l’apparition de la Lumière, l’origine du Soleil, de la Lune et, bien sûr, des Etoiles. Toutes les civilisations humaines ont leur version…il y en aurait une infinité !

Ces contes sont dits « étiologiques ». L’étiologie est bel et bien une science ! Selon mon dictionnaire (Petit Larousse), du grec aitia (cause) et logos (science). « C’est l’explication des causes, des origines et des significations d’un phénomène naturel, d’un nom, d’une institution, d’une maladie, etc…en s’appuyant sur certains faits réels, ou éventuellement mystiques ».

Lorsque l’état des connaissances ne permet pas de tout bien expliquer, les mythes complètent ces lacunes pour rendre l’ensemble cohérent. Puis au fil des siècles, les progrès scientifiques ont comblé ces lacunes, démystifiant bien des convictions. Les mythes sont ce que la science n’a pas encore expliqué. Mais la science est loin d’avoir tout expliqué. Les frontières de la connaissance progressent quotidiennement. Mais toujours, il reste des questions à se poser pour aller plus loin, de façon exponentielle : une question résolue en apporte 10 autres encore plus insolubles ! Et en attendant que tout soit complètement expliqué et compris, l’Univers conserve sa part de mystère. Il garde quelque chose de mystique au fond de Lui. Il est même très possible que jamais la Science ne réussira à tout expliquer. Elle devra donc éternellement côtoyer les mythes…car « les mythes se nourrissent de science et la science se nourrit de mythes ». CQFD…

Je m’arrête là ? Allez, un petit bonus.

Dans ce petit livre, Monsieur Rovelli retrace bien l’évolution des croyances concernant la perception du monde qui nous entoure.

Au début, la Terre était en bas et le Ciel était en haut, la Terre étant plate. Puis les Humain ont compris que la Terre est ronde, et que le Ciel l’entoure, avec la Lune, le Soleil et les Etoiles qui tournent autour. Ensuite, l’égocentrisme humain a pris une claque en comprenant que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil, et non l’inverse ; le Soleil tourne au sein de la Voie Lactée, elle-même n’étant qu’une galaxie parmi une myriade d’autres galaxies ! Et voilà maintenant qu’on apprend que le Cosmos n’est pas uniformément homogène, mais qu’il ondule, il forme des vagues…tout en gonflant comme un gâteau en pleine cuisson !

Tout le monde peut le constater : la Terre est en bas et le Ciel est en haut, à perte de vue, comme sur un plateau géant…on le voit avec nos yeux. Nos sens ne perçoivent pas la rontodité de la planète. Il a donc fallut de l’imagination pour concevoir cela. On a fait le tour du monde, on en a tracé des cartes en forme de globe terrestre, puis les humains ont pu aller dans l’Espace pour contempler la Terre dans toute sa rondeur : ce n’est que là, enfin, que certains ont pu voir de leurs propres yeux cette réalité. Les cosmonautes nous ont rapporté de superbes photos et vidéos (n’est-ce pas Thomas Pesquet ?). Les télescopes de plus en plus puissants et des appareils de mesures de plus en plus sophistiqués nous permettent de percevoir l’Univers d’une façon de plus en plus précise et lointaine à la fois. Mais malgré les photos, malgré tous ces savants calculs et toutes les théories qui se confirment ou s’infirment…à chaque fois, en plus, il en faut de l’Imagination pour concevoir l’Univers tel que les scientifiques nous le présentent.

Imaginez un gâteau qui gonfle pendant sa cuisson, tout en formant des vagues comme la mer…hum hum. L’Univers ainsi décrit ne requière-il pas autant d’imagination que lorsqu’on écoute un bon conte étiologique sur la naissance des Etoiles ?

Les scientifiques eux-mêmes se doivent d’avoir une bonne dose d’imagination pour élaborer leurs théories, concevoir leurs expériences et en interpréter les résultats.

Lorsqu’ils parlent du Big-bang ou de la structure de l’espace, ce qu’ils font est exactement la continuation des récits libres et fantastiques que les hommes se sont racontés autour du feu lors de veillées depuis des centaines de milliers d’années…depuis tout ce temps, nous n’avons toujours fait que suivre les traces de ce que nous réussissions à percevoir du monde dans lequel nous vivons. Grâce aux machines, nos moyens de perception se sont grandement améliorés. Mais l’Humain a gardé cette faculté essentielle : il nous reste l’Imagination pour continuer à suivre ces traces.

Les Contes nourrissent l’Imagination. Et l’Imagination nourrit la Science.

Bon appétit !

Il y a quoi au menu ? Des étoiles, évidemment !

Salade de contes, soupe d’étoiles, et en dessert, une mini-histoire que voici :

 

« Dans une prison, deux détenus sont assis cote-à-cote. Ensemble, ils regardent par la petite lucarne de leur cellule.

L’un pleure. L’autre sourit.

L’un regarde les barreaux. L’autre regarde les étoiles. »

Festival de Vassivière

Le Festival Paroles de Conteurs est le plus gros festival de contes en France. Il en est à sa 24e édition, du 18 au 26 août 2018. Plusieurs bonnes fées m’ont conseillé d’y aller, alors j’y suis allée. Et je n’ai pas regretté !

C’est un pays des Rêves où le jour se lève…

Tout d’abord, le lieu est enchanteur…ou enchanté peut-être ? Ca se passe sur une île au milieu d’un lac entouré de montagnes. C’est aussi un centre artistique et plusieurs oeuvres sont disséminées à demeure un peu partout sur l’île. C’est toujours une surprise d’en découvrir une au détour d’un sentier…

Si c’est un gros festival, l’ambiance y est tellement conviviale que ça ne se perçoit pas. Sur l’île, on se sent comme dans un cocon, un village où tout le monde semble se connaître depuis toujours. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Pascal Fauliot, un conteur aussi chevronné que passionné. Pascal est aussi sympathique qu’érudit : un vrai bonheur de discuter avec lui. Je ne pouvais qu’aller le voir à son spectacle-fleuve, en 5 épisodes (un par jour), sur la grande épopée japonaise du Clan Heike, accompagné de deux excellents musiciens, Emiko et Julien.

Evidemment, je n’ai pas pu faire tout ce que je voulais, ni écouter tout ce qu’il y avait à écouter…il me faudra y retourner. Et tant qu’à faire, y conter…

Balade contée à Plouhinec du 25 juillet 2018

Le 25 juillet dernier, la balade contée en bord de Ria d’Etel fut un grand succès : pas moins d’une trentaine de personnes sont venues marcher, écouter et rêver ensemble ! Nous avons tremblé pour le « Gars de Montoire », nous avons remis des étoiles de mer à l’eau comme Fanch ar Fur (le Nasr Eddin breton), nous nous sommes reposés sur des rochers en écoutant les vagues nous raconter comment elles modèlent le paysage de la Barre d’Etel…

Au cimetière du Magouër, les bateaux ont leur vécu, celui devant lequel je suis s’appelle le Gars de Montoire : j’y raconte comment il a fait la guerre ! Ceci n’est pas un conte, mais une histoire dans l’Histoire.

 

Le conte dit que « Fanch ar Fur est sur la plage. Il ramasse des étoiles-de-mer et les jette à l’eau. Il y en a des dizaines, des centaines. Un ami passe par là et lui dit qu’il ne réussira jamais à toutes les sauver… »mais nous, nous étions trente personnes à le faire !

Nous nous sommes assis sur les « Pierres de Plouhinec » pour écouter comment Sainte Brigitte a créé la Barre d’Etel.

Merci à toutes les personnes venues écouter. Le public était aussi nombreux que qualiteux…et merci au Point I de Plouhinec pour son efficacité, car bon nombreux de ces personnes avaient eu connaissance de la promenade grâce au Point I.

 

 

Racontées de juin

Que de racontées en juin ! Je n’ai jamais autant conté de ma vie…et j’adore ça, même si ça prend parfois des allures de marathon !

Ce qui est étonnant, c’est qu’elles se suivent sans jamais se ressembler : un jour le public sera très jeune, et la fois suivante, ce seront surtout des adultes. Une fois, il y a tout un groupe de 30 ou 40 personnes, et celle d’après…le public ne se composera que de 3 ou 4 personnes !

Voici un florilèges de photos (pour les fois où j’en ai eues).

D’abord, aux Estivales d’Hennebont, le 13 juin : j’avais conté devant l’accueil pour qu’Erell (une des animatrice organisatrice de l’évènement) puisse écouter…tout en travaillant sur son ordinateur !

Le mercredi suivant, 20 juin, toujours aux Estivales, j’ai adopté mon lieu de racontée…sous un rafraîchissant cerisier !

(je ne tire pas la langue aux enfants ! Je lèche la maison de la sorcière avec Hänsel et Gretel ! Qui n’a jamais rêvé de grignoter un peu de sa maison en pain d’épice et en sucre !?!)

 

Ensuite, ce fut une balade contée…mais pas n’importe où : en Forêt de Huelgoat, s’il vous plait !

Et pas n’importe quand : à la nuit tombée…à la lueur des lampes à pétrole ! Dans la nuit du 23 juin…ce qui explique la qualité médiocre des photos.

Ni avec n’importe qui : avec Sylviane, et le Maître des lieux, Philippe…attention, la nuit, Philippe se transforme souvent en korrigan…ou en amoureux éploré cherchant vainement sa Promise depuis des siècles !

Sylviane…il fait encore jour.

Je conte…au crépuscule.

Et Philippe, à la nuit tombée…il est en haut à gauche de la photo, tu ne le vois pas ?

 

Et après ?

Encore une balade contée, une ! Et pas pour n’importe quelle occasion, s’il vous plaît : pour le Festival de Théâtre de Kerhervy. J’étais avec mes amis conteurs d’Il Etait Une Fois, association de conteurs amateurs de Lorient : Yann-Fanch, Anne-Marie, Paul et Thomas.

L’année dernière le public avait été plus nombreux. Cette année, la concurrence fut rude avec le match du mondial de foot où la France a gagné contre l’Argentine, le 30 juin…mais ceux qui sont venus se promener en forêt, et écouter toutes nos histoires ne l’ont pas regretté !

Voici le paysage avant la balade contée…et après que ça soit fini : même l’eau et les sternes (les oiseaux) se sont rapprochées pour mieux nous écouter !

  Avant la balade… et à notre retour, 2 heures après !

La semaine prochaine, je commence les balades contées à Plouhinec (Port du Magouër) et dans le Bois du Hingair (à Hennebont). Il y a en aura tous les mercredis matin et tous les vendredis matin, durant toute la durée des grandes vacances !

Alors, à bientôt !

Press-book

Mercredi 20 juin, après plusieurs rencontres avec Isabelle, correspondante pour Ouest-France, un article a été publié sur mon activité au Estivales, à Hennebont pour l’été 2018.

J’ai trouvé cet article fantastique…et pas seulement pour me mettre en valeur ! J’ai surtout apprécié le travail remarquable d’Isabelle. Je trouve qu’elle a une très belle plume. On dira que c’est normal pour une journaliste. Je lui ai fait part de mon ressenti par courriel. Elle m’a remerciée…les compliments sont plutôt rares dans son métier, m’a-t-elle répondu…

Merci Isabelle de faire si bien votre travail. Cela semble normal aux yeux de tous…il existe pourtant tellement de « professionnels » qui bâclent leur travail, quelque soit le domaine d’activé. N’est-il pas important de mettre en avant les qualités des professionnel(le)s qui le font bien ?

Ce qui est dommage…c’est qu’on n’arrive pas bien à le lire ci-dessous…

 

Ajout le vendredi 13 juillet.

Ce midi, ma mère me dit « tu es dans le journal » ! Ha bon ? C’était pas prévu…et à quelle occasion m’y retrouve-je ?

Par un petit supplément préparé par Isabelle. C’est vrai qu’elle m’a dit qu’elle me ferait un article pour annoncer les « Balades Contées de l’Ete ». Et comme ça commençait ce matin : elle était pile-poil le jour J ! Merci Isabelle.

Dans la matinée, j’ai donc commencé, modestement, par un public de 5 personnes…qui sont toutes reparties enchantées de leur promenade et des histoires qu’elles ont écoutées. C’est un bon début, non ? En tout cas, je préfère ça, à 50 personnes qui repartent mécontentes ! Merci à ces 5 sympathiques auditeurs-marcheurs pour leur participation et leur écoute, d’une exceptionnelle qualité !

Je rappelle qu’en plus des sorties dans le Bois du Hingair chaque vendredi matin, je propose aussi des promenades contées en bord de mer, chaque mercredi matin pendant toute la durée des grandes vacances : le départ est au Port du Magouër (Plouhinec) à 10h, pour 4km parcourus…en 2h environ (bah oui, quand on s’arrête pour écouter des histoires…). Tous les détails : ici.

(Ajout le mercredi 25 juillet)

Et c’est pas fini, car Isabelle a transmis mes coordonnées à sa collègue Laurence Thébault, correspondante Ouest-France sur Plouhinec. Hélas, nous n’avons pas pu nous rencontrer directement, mais voici le très chouette article que Laurence a publié pour annoncer la balade contée de ce matin…

Concours de menteries de Redon : Bogue d’or 2018

Le 27 octobre 2017, comme chaque année depuis plus de 40 ans maintenant, la ville de Redon célèbre l’Automne et les Châtaignes avec la Fête de la Bogue d’or, où s’y déroulent de nombreux concours du terroir gallo : concours de sonneurs, mais aussi concours de conteurs, et en particulier, concours de menteries.

Qu’est-ce qu’une « menterie » ?

C’est une catégorie de conte, spécifique, et particulièrement appréciée en pays Gallo. Le principe est que « plus c’est gros, mieux c’est » car, plus c’est gros, plus c’est drôle. C’est bien connu, les conteurs sont aussi un peu menteurs….vous ne le saviez pas ? En tout cas, en pays Gallo, un bon conteur n’est pas digne de ce nom s’il n’est pas capable de raconter des bobards plus gros que l’imposante cathédrale de la ville de Redon.

Et au fait, qu’est-ce que « le pays Gallo » ?

C’est une partie de la Bretagne, située à l’est d’une ligne approximative entre Vannes (au sud) et St-Brieuc (au nord). Cette ligne est une limite linguistique : à l’ouest, on y parle le breton. A l’est, on y parle le gallo. Le gallo est une langue à part entière (que je ne parle pas), entremêlant des caractéristiques de la langue bretonne, avec des caractéristiques de la langue française. Le résultat en est une langue imagée, assez compréhensible pour les francophones (ce qui n’est pas le cas du breton).

Comment en suis-je arrivée là ?

Tout a commencé début septembre lorsqu’une amie, fidèle de cette célébration automnale, m’envoie le dossier d’inscription aux concours de contes et de menteries (que je ne lui avais pas demandé)

Un concours ? Franchement, pas mon truc. Je trouve que la notion d’art est incompatible avec toute compétition : un concours encadre une pratique, alors qu’un art est et devrait rester Libre, sous peine de le dénaturer. De plus, je trouve mal placé qu’un art soit jugé ; et encore plus que des artistes et des œuvres le soient. N’y a-t-il pas plus subjectif qu’un art ?

Et pourtant…

Le concours de contes est à thème libre…mais le concours de menteries est à thème imposé. Pffff…n’importe quoi ! Je lis distraitement ce sujet :

« Avec les années, les études transgéniques animales, végétales, humaines,  voire plus… vous ont conduit dans le monde de la recherche. Le transfert artificiel de gênes à un autre est devenu votre domaine de prédilection.

Vous faites désormais partie des chercheurs rattachés au CDRTDPG (Centre de Recherches Transgénétiques Du Pays Gallo), qui se sont penchés sur une étude transgénique particulière ayant réussi à transformer certains produits de la nature avec des objets. Des applications ont également été faites sur les animaux et les humains. Le CDRTDPG tient son colloque annuel à Redon et vous avez été sélectionné(e) pour présenter l’avancement de vos travaux de recherches et d’expériences devant un parterre d’experts et de chercheurs.

Nul doute que vous saurez nous éblouir par la démonstration haute en couleurs de vos dernières trouvailles de génie… »

Et là, bien malgré moi, une histoire germe dans ma tête. Comme une jeune pousse en plein mois d’avril, elle grandit à vue d’oeil et finit par prendre toute la place sous mon crâne !

On dit souvent qu’on ne choisit pas les histoires que l’on dit : ce sont les histoires qui nous choisissent pour être dites.

Elle me plaît bien cette histoire, cette menterie…ce serait dommage de ne pas la partager. Et puis elle correspond impeccablement au thème du concours : autant la dire à Redon, ce fameux 27 octobre. Je m’inscris.

Problème : le temps de parole imparti à chaque candidat est limité à 7 minutes…mais cette histoire a tellement poussé qu’elle en durerait 20 ! Cet arbre devenu centenaire en quelques jours, il me faut maintenant l’élaguer, le réduire à un arbustre, un buisson…dure tâche que de supprimer tant de belles branches.

Voilà, le jour J. J’arrive à Redon, je découvre la ville…et son théâtre : le futur « ring ».

Oh, je ne suis pas là pour viser un podium. C’est la première fois que je participe à un concours de contes, et à vrai dire, c’est même la première fois que je dirai une menterie…de ma création, de surcroît ! Je n’ai aucune idée de comment ça se passe. Je viens juste pour le plaisir de dire cette savoureuse menterie…qui m’a demandé tant de travail !

Mon amie est là, elle m’accueille, nous mangeons en semble. A table, elle me présente plusieurs personnes : des membres du jury…elle connaît tout le monde ici !

La soirée commence. En faisant la queue devant le théâtre, je sympathise avec Sklaerenn : elle aussi participe au concours, pour la première fois également. Mais elle, elle est inscrite dans la catégorie « conte ». Elle a un trac colossal. Nous nous asseyons l’une à coté de l’autre dans le public.

La soirée commence par le concours de contes. La prestation de Sklaerenn est époustouflante, largement au dessus des autres conteurs : je la vois sur la plus haute marche…elle le mérite largement ! Lorsqu’elle revient s’asseoir à coté de moi, elle tremble encore de son trac…

Je constate alors, que les participants habitués des lieux prennent de larges commodités avec leur temps de paroles : l’un nous saoûlera pendant 20 minutes !

Le concours de menteries commence. Les menteurs se succèdent sur scène. C’est mon tour. Je suis accueillie sur scène deux sympathiques huluberlus : un savant fou et son assistant, animateurs de la soirée. Ils nous amusent de quelques sketch, et présentent chaque candidat avant son passage.

Je me lance dans ma menterie. Je suis vite gênée par les projecteurs : je ne vois pas le public ! D’habitude, j’accroche les regards des uns et des autres…mais là, je ne peux en croiser aucun. Je ne distingue pas grand monde, mais je sais qu’il y a plusieurs centaines de personnes…plus ou moins tous conteurs/menteurs aguerris. Hum, mes jambes deviennent comme des saucisses de Strasbourg…pas de problème, de toute façon, je n’ai pas besoin de mes jambes : je ne me déplace pas dans ma racontée. Je plante bien mes pieds au sol, l’air de rien, je continue ma menterie, jusqu’ au bout.

Avec les candidats qui dépassent largement leur temps de racontée, la soirée s’éternise. Après moi, la prestation de Réjane m’impressionne : une menterie toute en gallo, pas trop longue, bien ficelée, et particulièrement drôle, comme il se doit. Je me dis : à elle la Bogue d’Or, elle le mérite bien ! C’est une fidèle de la Bogue et du concours de menteries…qu’elle a déjà gagné auparavant.

Arrivent les résultats : on remonte les candidats, depuis la fin du classement, jusqu’au meilleur. Sklaerenn à la Bogue d’Argent…elle en est ravie. Même si de l’avis de beaucoup de gens (dont moi), elle aurait mérité l’or. Mais c’est ainsi.

Aux résultats du concours de menteries, les résultats remontent jusqu’à la Bogue de Bronze, je n’ai toujours pas été appelée, et j’entends le nom de…Réjane ! Je me dis « ils m’ont oubliée ? ». Réjane était mieux que moi !

Mon nom arrive juste après : je suis Bogue d’Argent ! En voilà une surprise…je ne suis pas d’accord avec le résultat, mais c’est ainsi. Et une deuxième place, c’est pas mal du tout ! Les jurés m’ont félicitée, surtout une dame qui regrettait de ne pas avoir réussi à défendre la place qu’elle m’attribuait (l’or). Mes amis aussi me congratulent. Et Sklaerenn et moi nous complimentons réciproquement. Moi, je félicite Réjane…dans mon coeur, elle est une menteuse en or !

(Moi et Réjane à la remise des prix)

Voilà une soirée un peu inattendue : deux mois auparavant, je n’aurais jamais imaginé participer un jour à un concours de contes, ou de menteries. Et encore moins en revenir avec une quelconque médaille. La vie est souvent comme les contes : pleine de surprises et de rebondissements.

Lorsque j’ai commencé à conter bénévolement avec l’association Il Etait Une Fois, plusieurs personnes m’avaient demandé pourquoi je n’en ferais pas plutôt mon métier. A l’époque, je travaillais en usine. Mais je n’étais pas prête. J’étais débutante, et conter n’était qu’un plaisir parmi d’autres pour moi. Toutefois, une graine avait été semée…enterrée bien profondément.

Depuis, les jours ont passé, les mois ont passé, et les années aussi. Cinq années durant lesquelles mon répertoire s’est étoffé, mon expérience s’est forgée au fil des racontées. La graine a été patiemment arrosée. Mais, j’hésitais encore à me lancer, comme on dit, allez savoir pourquoi…

En sortant du théâtre de Redon cette nuit d’octobre, vers une heure du matin, ma Bogue d’Argent sous le bras, j’avais reçu la reconnaissance de mes pairs. En sortant du théâtre de Redon cette nuit là, il n’y avait plus d’hésitation. La graine avait enfin germé. Encore quelques mois à passer, voilà la pousse sortie de terre : ce site, ce blog, et plein de racontées prévues cet été.